Fayoum et Al Minya, hors de la route touristique

Avez vous déjà entendu parler de l’oasis du Fayoum et de la région d’Al Minya en Egypte?
Malheureusement si vous en avez entendu parler c’est sûrement plus dans les news pour de tristes nouvelles que dans de belles publicités touristiques vous vantant la beauté de l’Egypte. Oui… mais.

Pour notre voyage nous avions prévu de partir des pyramides pour finir à Louxor : les deux incontournables, que j’avais consciemment mis de côté lors de mon premier voyage en Egypte, mais que je ne pouvais quand même pas louper deux fois.

désert du wadi al rayan, montagne

Dans le désert du Wadi al Rayan, la balade est courte mais magnifique

Parfait, mais vous n’allez pas me dire qu’il n’y a rien à voir entre les deux ! Alors après avoir visité les pyramides nous décidons de sortir de la route touristique pour faire une première escale par la région du Fayoum.

Spoiler alert: Voyager par soi même et encore plus en sortant des sentiers battus fait découvrir une Egypte bien différente de celle des temples grandioses. Vous trouverez des déchets… partout. J’ai vraiment l’impression que c’est le pays où j’en ai vus le plus… à la ville comme à la campagne. Y a t’il vraiment eu une aussi grande augmentation de la consommation de plastique dans les 10 dernières années? 

Première soirée à Medinet al Fayoum, on s’organise

Mais pourquoi Fayoum? Y a-t-il des choses à voir au moins? En réalité il y en a plein, il y a des villages, des pyramides, des temples, des lacs, des dunes etc. Mais toutes ces choses sont réparties dans toute la région autour de la capitale de Medinet El Fayoum. Il va donc falloir trouver un moyen pour rejoindre la ville mais surtout pour visiter le coin une fois sur place.

 
Champs au bord du lac Qaroun

Champs au bord du lac Qaroun dans l’oasis de Fayoum

A savoir, il est aussi possible de faire des excursions à plusieurs endroits dans le désert à partir de cette région mais il vous faudra un 4X4. Vous devrez donc passer par une agence et sûrement organiser le tour à l’avance.  

Aller du plateau de Gizeh à Medinet Al Fayoum est la partie facile. Il suffit de se rendre au nord du plateau sur la route de l’oasis et d’attraper un microbus. Comme souvent avec ce moyen de transport on n’attend pas longtemps pour que celui ci se remplisse et parte. 

L’objectif de la soirée est tout de suite un peu plus compliqué étant donné que nous n’avons rien organisé à l’avance: trouver un hôtel pour dormir ce soir ainsi qu’un moyen de faire quelques visites le lendemain.
Les hôtels ne courent pas les rues et il ne faut pas trop compter sur les passants ne parlant pas un mot d’anglais. Après quelques péripéties on s’installe au Palace hôtel. Le seul autre logement que nous avons trouvé dans le centre, le Honey Day Hotel, était complet (un peu étonnant alors que l’autre hôtel est vide…).

A savoir, vous trouverez plus d’hôtels près du lac Qaroun (aussi appelé Qarun ou lac Moéris), où les égyptiens viennent se rafraîchir le week-end

centre de fayoum et pollution

Centre ville d’Al Fayoum dans le vent et le sable.  Une rivière transformée en poubelle traverse la ville

Lors de notre recherche d’hôtel nous avons rencontré du monde parlant assez bien anglais dans une agence de voyage vendant des billets d’avions. Ici Bakr le comptable, ayant dans l’idée de monter son agence de tourisme, décide d’essayer de nous organiser quelque chose pour le lendemain. Tout ça semble bien compliqué mais on verra bien.
En attendant qu’il nous rappelle, sachant qu’on n’a ni carte Sim ni internet à l’hotel (mais no problem… « il y a toujours moyen de se débrouiller »), on va visiter le quartier.

Pouvoir se balader dans la rue sans se faire alpaguer par un vendeur est grandement appréciable. Une question des locaux revient cependant assez souvent « Where from? ».
Comble de l’étonnement lorsqu’un vendeur de sandwichs refuse mon billet en faisant le geste du « non c’est pour moi » et d’un grand sourire nous annonce « Welcome in Fayoum! ». Un moment à se rappeler lorsque nous serons de retour en plein centre touristique, Louxor.

Fayoum, cascade au wadi Al Rayan

Petite cascade au Wadi Al Rayan, oasis d’el Fayoum

On profite de notre visite des alentours pour développer notre nouvelle habitude, acheter des viennoiseries à la boulangerie pour le lendemain matin. Car non, dans le seul hôtel disponible de la ville, il n’y a ni wifi, ni petit déjeuner.
Par contre l’accès à la bouilloire est à volonté… et ça c’est le top!

Finalement le « plan Bakr » capote, hors de prix, rien à voir avec ce qu’il nous avait proposé. Un peu déçus, c’est finalement le gérant de l’hôtel qui nous sauve la mise en nous trouvant un taxi pour le lendemain, il faut juste lui dire où on veut aller. Voila comment on se retrouve avec un petit bout de papier rose à la main et 4 destinations marquées dessus en arabe.

Lac Qaroun et Wadi Rayan en taxi

parc national de wadi al rayan

Carte touristique du parc national de Wadi al Rayan, avec routes et chemins de 4X4

Le lendemain, en rejoignant le taxi à 8h du matin, nous ne savons pas trop à quoi nous attendre, mais comprenons vite que la journée sera particulière.
En effet un « taxi » n’est pas un guide… mais alors pas du tout! Contrairement à ce qu’on pourrait penser ce n’est pas évident pour un taxi de savoir ce qui est « intéressant pour un touriste ». Alors si vous prenez l’option « taxi » mieux vaut savoir exactement où vous voulez aller et vous arrêter.

Pour notre premier arrêt par exemple, près du lac Qarun, il décide de s’arrêter dans le lieu le plus moche qu’il trouve. Au bord du lac, une plage non aménagée, où on voit juste du béton, de l’eau et du sable entre les déchets. Sérieux?

lac qarun fayoum

Le taxi nous arrête ici…. ok mais… c’est moche non?

Pour la suite on lui donnera donc un peu plus d’indications, lui demandant de s’arrêter lorsqu’on trouve le paysage joli, ou insistant pour qu’il suive une route pour un peu plus d’exploration. Pas des plus simples quand le conducteur ne parle pas un mot d’anglais et nous pas un mot d’arabe. Et avouons le, il ne maîtrise pas du tout le mime!
On va ensuite au parc national de Wadi El Rayan, paysage de lac et de désert (entrée 50 Le). Là le taxi à l’air de connaitre… enfin il connait au moins la cascade. Par contre, il faudra qu’on insiste et qu’on trouve un traducteur sur place pour le convaincre de nous amener un peu plus loin dans le parc.

Le coin mériterait un arrêt de plusieurs heures et donne vraiment envie de randonner. Malheureusement comme la veille à Gizeh, le vent se lève, et vue la tempête de sable qui monte on se contente d’une petite balade. Le visage fouetté par les grains de sables, les yeux entrouverts pour essayer d’avancer, aller plus loin serait une bien trop grande épreuve. Mes lèvres, desséchées à partir de ce jour là, en garderont des traces jusqu’au dernier jour du voyage en Egypte.

lac qarun barques et village

Déjà plus sympa comme vu au bord du lac, village et barques colorées. Dommage que tout ce que vous voyez en premier plan, c’est des déchets

Sur le chemin du retour la conduite se fait au ralenti, la visibilité ayant chuté. La visite du site de Medinet Madi est annulée.

Pour la dernière étape, c’est dit, la chance n’est vraiment pas de notre côté aujourd’hui et le chauffeur ne sait clairement pas du tout où il va. On verra donc la pyramide de Hawara, notre dernier stop, de très très loin, entre les arbres… la route est effondrée, impossible de passer.

[Si c’était à refaire] Les centres d’intérêts étant éloignés les uns des autres on prévoirait moins de choses en une journée, on s’est bien rendu compte que le programme imaginé était impossible, même en taxi.
On resterait du coup bien plus longtemps sur place, les destinations hors des sentiers battus ne sont pas faites pour être visitées en un éclair, il faut prendre son temps

 pêcheurs au Wadi Al Rayan fayoum

Barques de pêcheurs au Wadi Al Rayan

De retour à la ville de Medinet Al Fayoum nous découvrons par hasard une spécialité égyptienne, le Kochari
Ce plat végétarien traditionnel et populaire, mélange riz, pâtes, lentilles, pois-chiches et oignons fris, servis avec de la sauce tomate orangée. On en trouve dans des restaurants spécifiques, ressemblant à des cantines.

Vu le peu de temps devant nous, et le fait qu’il faudrait de toute manière bien plus qu’un jour de plus pour visiter la région, on décide de continuer notre descente du Nil en partant dès le lendemain pour Al Minya. Ça nous permettra aussi, enfin on l’espère, de fuir la tempête de sable.

Al Minya et la visite du cimetière Zawiyyet al Mayyiteen

De bon matin on prend un premier microbus jusqu’à la station principale puis un deuxième jusqu’à Beni Suef où j’espérais naïvement prendre un train.
Pendant le trajet Christophe me fait remarquer une étrange montagne sur la droite, ce ne serait pas une pyramide? En effet, je confirme c’est la pyramide de Al Lahoun (Sésostris II), qui a l’air un peu perdue seule au milieu du sable, à environ 2 kilomètres de la route.

Ruelle cimetière Zawiyyet al Mayyiteen

Dans une ruelle du cimetière Zawiyyet al Mayyiteen

Arrivés à Beni Suef, comme prévu, et en bon touriste, on marche jusqu’à la station de train. En effet il est conseillé aux touristes de se déplacer en train et de ne pas prendre les bus locaux, alors pour une fois on écoute…

Résultat: on nous dit que le train est complet (vraiment? là comme ça en pleine journée alors qu’on va juste à Al Minya?), on repart donc vers la station de microbus. 1h de perdue.
Mais la bonne nouvelle c’est que le bus va aussi vite que le train, on arrive donc 2h plus tard à Al Mynia! En plus on maîtrise maintenant les prix au pound près, facile c’est proportionnel à la distance.

Budget à Fayoum et Minya

Prix microbus Gizeh-Fayoum, Fayoum-Beni Suef, Beni Suef-Al Minya : 18Le, 7Le 25Le
Prix hôtel : 200 Le après négociation
Prix Kashari : 12,5 Le
Prix thé +  coca : 10 Le
Prix taxi journée : 500 Le
Prix taxi cimetière : 60 Le (le prix ayant doublé en cours de route bien sûr)

En arrivant on choisi un hôtel près de la gare de train, le Ibn Khasib, toujours pas de wifi… Ni de drap (c’est vraiment une manie!), ni de papier toilette (mais c’est bon maintenant on a notre rouleau)
On commence à avoir l’habitude de demander un drap en plus (ils doivent nous prendre pour des fous), et de l’eau bouillante (ça nous évite d’acheter des bouteilles en plastique).

On continue cette journée en Moyenne-Égypte, avec une visite du cimetière Zawiyyet al Mayyiteen et une balade sur la corniche avec vue sur le nouveau musée d’Akhenaton. Des felouques naviguent musique à fond, nous on va se poser dans un petit café.

Vue du cimetière Zawiyyet al Mayyiteen

Vue du cimetière Zawiyyet al Mayyiteen au sud d’Al Minya

[Si c’était à refaire] Ne pas se laisser convaincre par Christophe et prendre un taxi « aller simple » pour se rendre au cimetière. Ça évite qu’une fois sur place il nous suive, nous dise de nous asseoir prendre un thé avec un mec, puis finalement nous presse pour partir avant qu’on puisse prendre le thé, nous dise quoi regarder et où prendre des photos (toujours en arabe), tout ça dans l’espoir d’augmenter ses prix sans perdre trop de temps non plus avec nous.

Al Minya, c’est aussi le moment du voyage où Christophe super fier de lui croit avoir enfin trouvé comment communiquer avec un marchand de gâteaux. C’est facile, il suffit de dire combien tu veux payer pour chaque type de gâteau et lui il calcule le poids… Faux! Ici c’est peut-être le poids qu’il faut dire, le marchand en rajoute, il pèse, il en rajoute, il pèse, il en rajoute… et ça ne correspond pas du tout à ce que voulait Christophe. Vue sa tête et celle du marchand à la fin , ça en est comique.

Prendre un ticket de train de Al Minya à Louxor

Déjà marre de « courir », d’être du coup dépendant des taxis pour se déplacer, et pour Christophe du manque de wifi, on décide de ne pas faire plus d’étapes sur la route du Nil et de descendre directement à Louxor, tant pis pour Assiout. On pourra ainsi avoir un rythme plus cool en y restant 5 jours, avant le départ de notre avion.

Al Minya, vue sur le musée d'Akhenaton

Balade sur la corniche d’Al Minya, vue sur le musée d’Akhenaton

Encore une fois prendre un train s’annonce compliqué. On voulait prendre un ticket pour le lendemain matin mais il semble qu’il n’y en ait pas ou qu’on ne veuille pas nous les vendre. Le seul train qu’on nous propose est vers minuit. Et les gros bus de ligne « Upper Egypt » ne vont pas à Louxor, seulement à Hurghada sur la mer rouge!

[Si c’était à refaire] Globalement prendre le train sans avoir réservé à l’avance, c’est chiant. Entre le fait qu’on ne parle pas arabe et qu’ils ont des règles à la con du style « les touristes peuvent pas prendre tel ou tel train », c’est galère. Donc à refaire soit je réserverais via internet à l’avance (dans le cas d’un voyage bien planifié) ou j’abandonnerais l’idée du train et irais directement à la station de bus (dans un mode de voyage d’improvisation). Sinon… j’apprendrais l’Arabe 😉

On se décide donc à prendre le train cette nuit, mais c’est maintenant le sketch pour acheter les billets!
On retourne à la gare, la femme du guichet à qui on parle ne nous comprend pas, et pour régler le problème, elle disparaît et ne revient plus. On finit par changer de caisse, comme les autres égyptiens dans la ligne. Au guichet suivant, même topo, le mec disparaît et ne revient plus!

communiquer en egypte

On aurait pu tenter ça pour réserver nos billets, 10 pounds que ça n’aurait pas marché…

Alors qu’on commence à envisager d’utiliser nos talents de dessinateur, un égyptien derrière nous parlant un peu anglais, vient à notre rescousse. On change pour une troisième file (où la femme du début a entre temps pris place), et notre aide lui prend 2 sièges pour le train de minuit. Comme quoi elle aurait pu nous les vendre dès le début…

Après une sortie en ville et une sieste on s’apprête à aller prendre le train, et qui trouve t’on devant l’hôtel? Des militaires. Rien que pour nous.
Notre escorte personnelle nous dit d’attendre un peu puis nous amène à la gare pour nous confier à « l’office du tourisme », c’est à dire, à un autre militaire. Il ne parle pas anglais et n’est pas bien souriant, on est sûrement les 2 touristes qui l’empêchent d’aller se coucher. Il arrivera tout de même à nous dire que le train arrive à 1h15, enfin à « one ten five »…
Oui parce que finalement le train n’arrivera pas à minuit, pas minuit 30, pas 1h mais 1h15.

Dans la salle flanquée de posters touristiques et d’une vieille carte électronique de la région l’attente est longue mais la chaleur d’être à l’intérieur et non sur le quai nous réconforte. Pendant que Christophe se retient d’aller dessiner des pénis dans le cahier du militaire alors qu’il a le dos tourné, moi je somnole.

On a retrouvé du wifi!! Et oui en voyage c'est pas toujours si évident :). Après une nuit dans un train partant à…

Publiée par Pensées de Voyage – Blog Voyage sur Vendredi 18 janvier 2019

Le militaire nous accompagne jusqu’à nos places dans le train. Peut être les pires places, juste à côté de la porte, mais au moins on est assis.

La nuit sera hachée, on est en hiver  (janvier) et dans le train ça caille: la porte s’ouvre tout le temps, la lumière reste toujours allumée, à chaque arrêt on se réveille. Dans les petites stations, le train ne s’arrêtant pratiquement pas, les passagers font la queue devant la porte extérieure, qu’ils ont en plus ouverte, prêt à sauter, 15 minutes à l’avance…
Après environ 8 heures de train, nous arrivons à Louxor vers 9h du matin.

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One thought on “Fayoum et Al Minya, hors de la route touristique”

  1. Laurent says:

    Je m’étais promis, sur les conseils de mon hôte, d’aller à Fayoum durant mon séjour d »un mois au Caire. Sauf que les week-ends ont passé sans qu’au bout de compte, je prenne le temps d’y aller. Une prochaine fois, car ça donne tout de même bien envie.

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